:: 28.02.2009 ::
Un condensé de ravissement qui aimerait rire : qui n'en voudrait pas ?
Je tiens sa main et nous marchons. Elle raconte, elle rit, elle sourit, ce qui étonne c'est sa beauté de porcelaine et sa douceur, c'est son attention sans relâche, c'est cette gentillesse sociable, polie jusque ce qu'il faut, c'est sa générosité et cette volonté de faire plaisir à ceux qui l'entourent, c'est sa sagesse. Souvent je la regarde sans qu'elle ne s'en doute. Ses yeux. Ses mèches, ses joues, son nez parfait. Ses sourires qu'elle multiplie à l'infini, jamais nés des mêmes causes, jamais identiques aux précédents. Un jour tu liras ça Lili, ma fille et tu ne t'étonneras pas qu'ici je dise mon amour de toi car à l'oral déjà je n'en fais pas mystère. Je n'imagine pas de père plus heureux, comblé, fier même que je ne le suis. Ta mère et moi sommes fous de toi, même si nous avons choisi des chemins différents. Je suis heureux aussi que tu aies une petite sœur dont tu t'occupés déjà avec toute la tendresse et l'humour qui te caractérisent. En mots simples, en phrases que volontairement je n'écris pas vraiment afin de n'en pas brouiller le message, je déclare : "Lili, je t'aime". Lu : Cahier d'un retour au pays natal
:: 04.02.2008 ::
Si la patience est une vertu, il faut la bien récompenser !
Vous envelopper et vous chérir. Me tendre à vous pour votre seule
présence, votre chaleur, le son de l’air qui vous traverse. Mes mains
près de vous, la droite sous votre joue, le bout des doigts dans vos
cheveux. Mon bras enroulé depuis la taille jusqu’à la nuque en une
force solide et calme Vous savoir paisible, vous délassant, rêvant,
vous reposant loin du travail ou du tumulte. Oubliant tout sauf vous.
Donner corps à nos heures, nos heures, seulement les nôtres et faire ce
qui vous plait, seulement ça. Prendre la pleine mesure de votre alanguissement de votre sommeil, de votre quiète rémission, de votre bien-être. Sentir le plus petit mouvement de vous, un battement paupière, un muscle détendu, un soupir, le froissé languide de votre corps aimé du mien. Etre votre ami, votre confident, votre galant, votre amant, ce que vous voudrez. Ce que vous voudrez. Voilà le maître, et je serai comblé de le servir obstinément puisque rien ne vaut davantage que de vous savoir exaucée comme vous le méritez. Lu : Par les champs et les grèves
:: 20.12.2007 ::
Il faut prendre l'argent là où il se trouve,
c'est-à-dire chez les pauvres. Ils n'ont peut-être pas beaucoup
d'argent, mais il y a beaucoup de pauvres.(Alphonse Allais)
Ici et là l’on me demande pourquoi je n’écris plus, plus ici en tous cas, si « ça » recommencera, si « ça » repartira. J’ignore ce que le ça fait, s’il ère ou rêve, s’il prend des force au creux du silence, s’il crève. Je flotte depuis longtemps dans un surmoi plein d’orgueil et de raisons, de rancœurs, aussi. Je joue aux cartes et gagne beaucoup d’argent. C’est à la mode. N’ai pas l’ombre d’un sursaut moral. C’est très tendance. Me fous éperdument du sort du monde. Ca me détend. Répète en boucle ce que tout le monde sait, avec au coin des lèvres un petit rire mauvais. Suis parvenu au prix d’un autisme constant à me défaire de la honte collective d’appartenir à cette époque, à cette nation, au rang des emmanchés médiocres. Ai l’âme farcie de statistiques stratèges et de séquences visant au contrôle des tables de poker qui constituent l’essentiel de mon horizon. Je n’écris pas car je n’appartiens pas à cette réalité là. Et j’ai compris que les miennes, mes multiples réalités, stagnent bien trop au loin pour qu’on puisse supposer une jonction quelconque. Je n’ai jamais aimé mais. Je n’aime pas discuter ni enrichir mon point de vue de nuances qui sont supposées adoucir la violence du moment. Je suis de culture chrétienne même sans croire en dieu, et ne vends pas mon âme au diable qui, pour le coup, ferait une bien trop belle affaire. Je n’écris pas car je suis incapable de le faire aussi bien que Ferré. Il y a ce texte : « il n’y a plus rien » que je connais par cœur et qui constitue mon tout poétique. Et l’ensemble de ma pensée politique. Je suis radical et j’ai raison de l’être. J’emmerde ceux qui n’ont pas même vision des choses que moi, ils ne m’intéressent pas, et souvent, je les hais. Je n’écris pas car je ne peux pas dire tout mon amour de Lili, ma fille adorée (et crabe). La texture, la densité, les couleurs de cet amour, tout ça je ne sais pas le dire. Ni rien des feux fous, des sourires des rires et des larmes, des jeux, des surprises, de l’émerveillement. A tout ça et à beaucoup plus que tout ça pas un mot ne convient. Je n’écris pas car je ne sais pas situer l’avenir. Un métier, une occupation, Claire, ce que j’écrirai, mon statut de citoyen, la vieillesse, la mort, mon allant aux choses, le fil futur d’une vie que j’ai voulue décousue, et qui, de fait… Lu : Super system
:: 24.08.2007 ::
Encore.
Comme souvent (car vous dites peu, et que ce peu
là compte davantage que beaucoup de beaucoup), vous avez raison : vous
faire l’amour, vous laisser me le faire, être ensemble c’est bien plus
que seulement délicieux, bien plus qu’un emportement fiévreux, bien
plus que s’assommer de plaisir ou fluctuer interminablement dans
l’entre deux du désir et du feu. Vous faire l’amour c’est les mains et les lèvres, la peau bien sûr et nos corps ébouillantés l’un l’autre, les jambes, les parfums, le dos, les fesses, nos cheveux et regards, nier le temps, se ficher d’où l’on est, c’est les souffles et gémir, les ondulations, les arrêts, le pal que je veux être et vous en conque avide, les manœuvres si lentes qu’elles sont comme tortures, le poids de tout mon être à vous coller là encore pantelante, encore épuisée, encore heureuse, et puis ce quelque chose de tellement inné, de tellement adolescent, irréfléchi, essentiel… Il y a entre nous ce lien absolument étroit qui fait que nos corps s’aiment, qu’ils s’aimeraient peut-être si nous n’étions pas là, mais en sus : il y a vous et ce silence simple, il y a vous secrète et sûre, il y a vous accrochant le plus petit brin de lumière ou d’intelligence légère, il y a vous et ce visage à se damner, vos épaules et ta nuque que je ceinture d’un bras pour la nuit et celles qui longent les jours à t’attendre, ce ventre que je tiens d’une seule paume et tes attaches si fines, je pourrais te briser au lieu de quoi je prends tout de toi avec tendresse et force et puis… nous mourrons alors, c’est atroce d’ardeur, atroce de langueur, atroce d’absolu et je veux recommencer, te tuer de caresses, d’emprises et d’entreprises exquises, mourir contre toi, dans toi, aller nu, aveugle et saoul jusque dedans l’oubli de tout ce qui serait autre que faire l’amour ensemble. Lu : Floire et Blanchefleur
:: 12.07.2007 ::
Deux mois, cinq ans.. dix... ce n'est ni long ni pas long, ce n'est rien pour un veau.
Tandis que ça en bourre bien comme il faut (ras la
soute), qu’il en pleut des cordes et des tombereaux, qu’il en vient des
cieux, des enfers et plus généralement de toute part, moi j’en suis
progressivement dépossédé. C’est que, voyez-vous, l’ennui de la
ressasse est qu’elle égale en résultat celui de l’ignorance crasse :
trop dire c’est ne pas dire, et tourmenter sans poésie notre
nomenclature n’est pas exactement sans conséquence. Ainsi ce vocable de
valeur, « valeur » ne vaut pas pour eux comme pour moi et je peux
mesurer qu’à chaque instant je m’en vide un peu plus alors qu’ils s’en
emplissent. Que leur chef ait su par quelques héroïques passes plaire aux hommes en cajolant leur inextinguible soif de maîtres, de chefs et de chibres replets, je le conçois. Après tout, les messieurs aiment autant les tanks que les pétasses, idolâtrent tout de go le gras-le gros, adorent sans honte les capés, les sabreurs et ceux qui les écrasent. En revanche, ce qui m’échappe, c’est le comment il s’y est pris pour endormir les dames. Car il me semble que pareil énergumène arrivant en soirée attirerait à lui quelques dédains sentis, de la pitié peut-être des plus conciliantes : l’incessant moulinet des bras, cet aplomb sans silence, cette occupation de chaque pouce au sol sans jamais pas de coté, son bon sourire saupoudré d’incontestables triomphes, son bardas de morales multiples, tous usages et usées comme le couteau suisse de grand papa… tout ça… il me semble que cela pue, et il me semble aussi que les femmes se trouvent à priori incommodées –par nature- de la confrontation aux odeurs piquées, aux relents aigrelets. Deux mois comme un jour sans pain, ou plutôt comme dix ans, ah l’on en raclera du quart de fer blanc et du fond de tranchée, ah l’on s’en fera fourguer du coup de botte aux fesses, de l’hostie, de la messe, ah l’on en bouffera de la réduction aux acquêts des finesses et des liesses… c’est bien normal peuple de France : coupables vous êtes nés. Expiez, payez vos indulgences, renâclez, baissez le front, endurez, c’est ce que vous méritez le mieux. Pendant que vous besognez à arracher votre pardon, je me vautre moi à même la paresse, seulement bercé des mains de Claire, des livres crèmes, de mes sommeils tard du matin, de cet été gris-Bruges ou bien Ostende, de la danse et de la grâce, des espaces laissés là et qu’occupent ceux qui se foutent royalement de ce que leur condition s’améliore ou pire, empire. Lu : Poèmes de l'an demain : anthologie autour de dix poètes sénégalais.
:: 11.07.2007 ::
Les ceusses qu'apportent toujours sans ciller une
solution à chaque problème, ils ont tellement d'appêtit... ils t'en
inventeraient, des problèmes, pour être sûrs de pouvoir continuer à te
fourguer des solutions.
Ca arrive aux environs de comme ça tellement qu’on dirait c’est le
rite, l’habitude, car comme ça se fait toujours pareil jusqu’au
décompte du (des) temps. D’abord, il y avant. Je suis plein d’un bruit
sourd, très fort car il prend tout de la place, muet aussi car je
n’entends goutte du dit polymorphe bruit. Un bruit comme blanc. Un anti
bruit peut-être, mais bien gueulard alors. Quand je parle, c’est très
vite, ma voix aussi est blanche et je m’entends disséminer de gros
rires piaffés à l’autour consterné. Mes membres flottent, ma tête
flotte et ce n’est pas léger, ni tiède. Je devrais plutôt dire : ma
tête s’éparse. Ensuite il y a pendant. Mes yeux d’abord, deux lasers épinglés à l’angström de l’épaisseur d’une page. Ma main, la droite en pleine cavale, la gauche porte ce que pèse mon front, devenu un bloc d’argile très chaude. Et puis je suis percé. Mille obus escients cassent la coque, mille voies d’eau, tout le savoir du monde, toute son intelligence, mille rotules du tout au tout. Ce qui rédige sans aucune rature, sans jamais de retour en arrière, c’est tous les articles lus, toutes les radios sérieuses, les tonnes d’encre digérées, les conciliabules, les palabres, les jacasseries, les discussions, les engueulades. Moi je suis ailleurs, dans un puits de musique, dans le vent glaneur maraudant, dans la vague accablée des laits du sable, et je ramène par brassées les bibelots de mes séjours de dedans l’intérieur de vos têtes. Les meilleures notes, c’est vous. Moi, je scripte. C’est tout. Il y a aussi que c’est plutôt agréable ça : je n’existe que si l’idée est mal. Si elle est juste, je fiche très loin son camp. Enfin, il y a après. L’absent. Le brutal. Celui qui n’a jamais dit : c’est bien, ne le dira jamais. Celui avec qui rien de tout cela n’aurait été possible. Celui qui, s’il m’avait aimé, m’aurait conduit au rang d’élève moyen, de concourant médiocre. Au bonheur en somme. Après donc, il reste la douleur de n’avoir été qu’un imposteur usurpant ses titres et ses médailles auprès d’un jury trop clément, un je quoi, un je brillant et dur. Lu : Hold'Em Poker for Advanced Players.
:: 03.07.2007 ::
Ça t' va/Ce dos qui descend/Sous l' oeil indécent/Des gars qui te gaffent (Léo Ferré)
De vous ce sont mes mains qui parlent le mieux je crois, elles disent :
que la paume est assez pour prendre tout et le garder à soi, que la
force de mon bras quand il vous plaque à moi se devine à son feu
tendre, à sa fibre têtue, que chaque doigt comme un branche lascive que
vous entourez et que vous serrez fort, elles disent l’âme de ce quelque
chose d’animal quand vous dormez en rond et les lianes, les simples
végétales, elles chuchotent aussi que vous frissonnez, que votre peau
propose un grain très doux qu’il faut savoir apprendre à lire. Au sol de mon ressui de pierre et bois, depuis un an l’on peut trouver ce Barthes, « la chambre claire » : au-delà de l’appel nommé du titre seul il y a un développement tout fait d’intelligence à propos du punctum, la piqûre… le détail poignant. Ce qui me point. Ce qui me point chez vous je l’ignore. C’est au regard. C’est au souffle. C’est ce soulèvement calme de votre poitrine, sa profondeur, sa solide ténacité, ce sont les racines et votre manière étourdie de flanquer par-dessus bord l’inepte et ce qui mange le temps, c’est, encore, votre appétit de moi en homme, en fort des halles si tant est que je sache presque me figer tout à fait, votre lenteur, tout ce silence, voici le point, le centre et le détail, voilà quelques pourquoi de pourquoi depuis l’été d’avant je vous attends. Lu : Système de la mode
:: 21.05.2007 ::
On ne dit jamais rien de la mer...
Il en va des demandes comme des questions qu’on aimerait n’avoir pas à
poser : on attire à soi des réalisations laborieuses et bancales, des
réponses incertaines car hors du temps de l’interrogé et puis souvent
cette mauvaise grâce de l’artiste qui, parce qu’il aime perfidement
soumettre le monde à son pas, ne livre que de l’ancien, du mâché, du
livrable et pas de l’inédit. Depuis Louis XIV, je sais bien mon essence
divine et quand je voudrais chanter des vers quadriceps l’on exige de
moi de la cheville fine, parfois du galbe mollet. Toutefois je vous aime. Et comme il convient d’en apporter la preuve – l’on retiendra mon mutisme revêche en tant que charge à charge – je m’en vais le coucher ici. Ce sera gravé. Immortel. Vous l’aurez voulu, de mes redites aussi. Ce qui frappe d’abord, c’est ce point resserré que fait votre œil droit autour de quoi se figent mille volants flottants, autant de formes souples et que je suis seul à voir. L’on vous pourrait croire douce ou bien évanescente, peut-être même distraite. L’on pourrait se laisser aller à se déclarer indispensablement scient, très maître, accroire vous servir comme une source unique de laquelle vous tireriez l’essentiel et le tout, se proclamer en somme : héros, amant, Monsieur-l’homme. Mais vous êtes, et s’il fallait qualifier cela, je dirais : dénouée. Ce peut sembler étrange au regard de votre relatif peu de printemps, pourtant : ni professeur, ni savant, ni chirurgien, ni parents, ni force de l’ordre –j’abrège, l’autorité prend cent noms laids que je m’efforce d’oublier – n’ont raison de votre fronde, moins de vos griffes encore. Dénouée, cela dit libre, vos cheveux, vos seins (que j’aime), vos épaules, ce que vous dites, vos élans de fièvre, votre bouche mouillée de rouge, vos ruades, les corps de glaise que vous avez pétris, les lignes têtues que rarement vous égrenez, votre manière très sûre d’empoigner ce que vous désirez et d’écarter le reste, tout cela traduit plutôt clairement qu’il est moins incertain de vous combler que de promettre. Dénouée, cela dit une chose assez près de la mer, au fond. Une chute c’est jaillir encore. Désespérer c’est sourire de force, et puis sourire vraiment, et puis rire aux éclats. Rien n’est grave. Tout l’est. L’on ne vous amarre pas. Dénouée c’est l’arrogance aussi. Nul chez vous ne plie, ne rompt, vous êtes de cape, d’attaque, d’estoc, le sot qui vous affronte n’a qu’insuffisamment bûché son Cervantès. De votre corps j’aime tout : la peau, les fesses (terriblement), les mains, l’odeur (plurielle), la gorge, vos conduites alanguies, paresseuses ou pleines d’obéissance, les seins (déshonnêtement), la bouche, les traits et les mimiques, les gestes, vous regarder effrontément ou bien sous cape, vous étourdir de mon poids. Vous, votre corps : vous méritez bien de gémir. Stoppons là l’entreprise, vous voyez bien que l’on ne vous décrit pas, ni ne vous paraphrase. Je vous aime voilà tout. C’est immense et c’est triste. Immense, vous en êtes d’accord, mais triste vous ne l’entendez pas tandis que, secrètement, comme un blâme cruel, me reviennent chaque jour ces mots venus d’une chanson de Reggiani et qui tirent mes larmes : « elle est jolie, comment peut il encore lui plaire, elle au printemps lui en hiver… un autre que moi demain t’emmènera à Saint Germain prendre le premier café crème… Il suffisait de presque rien, peut être 10 années de moins pour que je dise : je t’aime » Lu : Champagné-les-Marais
:: 08.03.2007 ::
Faisons donc plutôt le tour du propriétaire... Dénombrant
les espaces que compte la mythique « page blanche », en face de
laquelle chaque écrivain, n’est-ce pas, je ne suis pas très étonné d’en
apprécier une infinité, environ, et encore me suis-je probablement
arrêté un peu avant la moitié. Alors, comme Sully, je me frotte les
mains et retrousse les manches, reprends le joug et le licol, laisse
errer mon regard en dedans d’un endroit particulier où s’inscrivent les
informations relatives au poids, à la couleur, à l’odeur, à un certain
magma de son et aux géométries qu’elles soient à angles ou élastiques,
il y a des mouvements diffus tantôt rapides tantôt si lents qu’on
croirait ceci-cela statique, la respiration des choses, le temps des
choses, la voix des choses et quand, pour une raison ou une autre je
relève la tête, je constate qu’une quantité variable de signes s’est
substituée au blanc de la page et qu’écrire postule mathématiquement
que l’infini et rien sont à peu près équivalents pour peu qu’on en
retranche l’instant présent. Lu : André Breton. Quelques aspects de l'écrivain
:: 07.03.2007 ::
J'ai beau être super nombreux à l'intérieur de
mon crâne, je ne peux décidement pas endosser la schizophrénie de tous
et de toutes.
Après la gentille, c’est la pas très agréable qu’il faut bien lire
aussi, il se trouve qu’aujourd’hui j’ai assez de santé à entreprendre
la correspondance de Sasha, de Marianne, de Claudie ; je m’y fais bien
rosser. On se croise, en général dessous les ciels d’été. En tous cas
fait-il doux. Je n’acte pas grand-chose, plutôt je laisse se provoquer
quelques collisions dont on peut dire qu’elles ne sont certainement pas
de mon fait seul et chacun reprend sa trajectoire, moi rehaussé de la
mémoire de la mer (les goémons de nécropole, le fantôme Jersey, les
mains qui vous font du flala sous l’anathème), elles dans des trucs
beaucoup plus compliqués qui se conjuguent ou se comptabilisent, et je
regrette de ne pas regretter. En tous cas puis-je dire ici en forme de
prévenance que depuis longtemps déjà je prends soin de ne jamais avoir
recours au mensonge. Lu : Perspective cavalière
:: 06.03.2007 ::
J'aimais déja Breton avant, dont j'abordais la pensée autant que possible. Et puis il y a eu Lili.
Lili repousse son verre d’eau, réclame du vin ce que je suis contraint
de refuser avec un peu d’impatience car il me tarde, ma fille, d’aller
se nous taper de royales cloches tous les deux en de mirifiques
auberges dont je constitue minutieusement la liste et tu pourras
compter sur moi je te l’assure, toutes tes questions auront réponse,
les parfums, les goûts, les cuissons et les cépages, pareil pour la
peinture, la musique, le cinéma, les bouquins, la danse, les voyages,
les musées, et puis après tu te débrouilles beauté, parce que ce n’est
pas parce que papa reste curieux compulsif que tu n’auras pas à te
façonner en dehors de ça. Moi, c’est l’accompagnement au mot «
ouverture ». Le reste de ton lexique, il est de ta responsabilité de le
constituer, jour après jour la charge te revient de l’enrichir de beau,
de libre, de toi. Lu : Le Revolver à cheveux blancs
:: 05.03.2007 ::
Rien n'indique que nous puissions, demain, entonner sereinement "ça ira, ça ira, ça ira.."
Si je résume, Bayrou est un vrai socialiste de droite, le nabot quant à
lui se situe idéologiquement un peu à l’est des strotkistes léninistes
(c’est Jospin qui doit fulminer, s’il avait su…), le borgne beurre ses
affiches d’une France dont il souhaite qu’elle foute son camp mais à la
baille, Royal numérote ses abatis avec pour conclusion que son bureau
marketing a misé peut-être un peu léger quant au fait qu’elle soit
femme, les écolos s’étripent car eux sont sincères tandis que
d’autres…, et je n’évoque ni le cas de Besancenot, ni celui de
Laguiller car ceux là m’émeuvent, ce qui est mauvais signe. A vouloir réhabiliter « la valeur travail » (lavaleurtravail voulais-je dire, comme on l’homologuera sous peu à l’académie française), le contrôle de l’immigration (on croit rêver, ou plutôt, on aimerait), le « besoin naturel et légitime de sécurité des français», la nécessité d’une politique basée sur le pragmatisme et cet impératif que tous les candidats soient bien en poste pour la nouba du 28 avril, on va se la prendre profond de chez profond, et faudra pas dire qu’on savait pas, n’est-ce pas, car nous nous souvenons, bien sûr, excepté peut-être des bienfaits de la guillotine et des potences. Lu : Le baron d'Holbach et Karl Marx- de l'antichristianisme à un athéisme premier et radical.
:: 04.03.2007 ::
Petit, je me fichais complétement d'être celui qui propulsait son pipi le plus loin A
force de seriner qu’être malade coûte cher, qu’être trop vieux pour
usiner coûte cher, que se former coûte cher, que de ne pas se conformer
coûte cher et que tout ce qui ne produit pas de bons gras dividendes
coûte cher, on voit l’employé s’excuser de dormir (ce qu’il fait de
moins en moins d’ailleurs) et nous cultivons nos dépressions plutôt que
nos jardins… A part ça pas grand-chose. Ah si : j’ai peur. De tout. De la guerre, de la famine, de la violence, des autres, du vol, des méchants, de l’avion, de la voiture et de la cigarette, d’être gros, des virus de la quéquette, de l’environnement, de la croissance, de la décroissance, de l’emploi et de sa perte, du stress, de la faim, de la prise d’age, bref, de ce coté là je suis ce qu’on appelle un parfait citoyen et un pas si mauvais démocrate. Lu : Tout est à nous !
:: 03.03.2007 ::
Finalement, il semble clair qu'un kilo de plumes ne pèse pas du tout même chose que mille grammes de plomb.
Fabuleusement inconséquent, je suis un vrai sale pur petit con et je me
fous de tout, la vie des autres ne me concerne plus, je tente de m’en
sortir et c’est déjà pas mal, j’en ai fini des prêches et de ma si
précieuse éthique moralement chiantissime, je me situe dans l’allant
carpé diem ambiant sans l’ombre d’un remord et je croque là dedans
comme dans une pâtisserie délicieuse tout en ne considérant en aucun
cas ni contrecoups, ni corollaires ni séquelles, le futur ne
m’intéresse pas du tout, j’habille le tout de cette déclaration
d’indépendance pour ne pas carrément dire d’intention : « ce n’est pas
mon problème » et je préfère sembler mesquin que torturé, en somme ce
n’est qu’un peu d’humilité et de clairvoyance que de décider de n’être
pas épaules du monde et puis j’étais épuisé, et triste, et imbécile
d’une autre manière quoique sans doute moins coûteuse, je bouffe, bois
et baise tout en ruminant que ce qui est pris n’est plus à prendre,
bref c’est la mémoire que je veux araser, pour ça je vais jusqu’à la
sévère cuite, mais rien n’y fait : je me réveille avec les
sterno-cleido-mastoïdiens complètement perclus et il semble que,
quoique je veuille, je suis tout de même enclin à génériquement me
prendre la tête. Lu : De quelques choses vues la nuit
:: 02.03.2007 ::
Sans la puissance, la maîtrise n'est rien (Niark).
Cette manière de réponse immédiate et ce grondement terrible, cette
hallucinante assise quoique je décide, l’impeccable mordant qu’on
distingue comme filés d’aciers l’un à l’autre joints, tant de finesse
et tant de force, tant de certitude et tant de caractère, c'est
prolongement et nous nous fondons à l'autour, nous c'est un missile
lancé et plus rien qui soit obstacle, je contourne, entre et sors en un
orage multidimensionné, virevolte, prends de l’angle, relance, tempère,
bouffe de l’asphalte à la vitesse d’un grand V au galop, considère en
une fraction d’autres usagers et les oublie plus vite encore, ma
respiration se fait intensément tranquille, mon corps se place au
nanomètre, mon regard est une centrale analytique au service de mes
mains (à moins que ce ne soit l’inverse), j’avais arrêté ça sept ans,
presque huit, ce que je décrète à cet instant, c’est qu’aucune femme ne
saura plus jamais me faire me priver de moto. Lu : Moments of Being
:: 01.03.2007 ::
Votre nom, je ne le dirai pas. Car il est tout à fait impossible que l'on vous prenne pour une autre.
Elle et moi c’est sûr, sommes aériens et ne connaissons pas d’urgence
(un vrai mot à la con celui-là, en tous cas dans un certain emploi),
nous prenons un temps infini pour le silence, pour les caresses
parfois, pour les regards qui traînent mais presque vides car nous
logeons dans nos solitudes pensives ou bien contemplatives et que nos
mains rarement s’effleurent ou que nos mots à peine se choquent ne
revient pas à statuer sur une quelconque indifférence. Nous nous aimons
je crois. Et pourrions nous passer l’un de l’autre, comme de tout et de
tous d’ailleurs, mais peut-être pas de toutes. Il y a aussi le temps de la photographie, des portraits, des poses et des éclairages que nous agréons pour peu qu’ils soient subreptices (j’y reviendrai). Si mon œil fonctionne mal depuis assez longtemps je peux toutefois user du sien, précis. Et elle de ma confiance. Encore une fois, nous disposons de toutes ces heures, et de celles qui viennent. De l’écriture du temps par delà la lumière. J’y reviens, donc. Ce qui nous agrége avant le reste, c’est, je crois, le plaisir d’être pervers. Quelle meilleure preuve de ce trait de caractère que d’en crâner et de s’en satisfaire ? Voilà les intellectuels, et les déchus, voilà les âmes éloignées d’elles et les enfants perdus. Peut-être est-ce compenser, toujours est-il que nous jubilons de faire se joindre nos égarements, nos desseins obscurs, notre incontestable prépotence qui nous autorise à décider de nos proies avant qu’elles ne deviennent nos jouets. Nous sommes deux chats. Comme les livres, comme la mémoire, nous avons plusieurs vies. Lu : Victorian Photographs of Famous Men and Fair Women
:: 28.02.2007 ::
Prenez très tôt consicence de votre beauté, car l'on regrette vite que cela soit (déja) passé.
Non, non, non, c’est décidé, je ne ressemblerai jamais à ces vieux
machins tout gris, ils me font peur, leur peau est laide, ils sont
froissés, empâtés, nullement pareils à moi ni à ce à quoi je veux
sembler plus tard. Moi, depuis peu, je suis beau comme une rock star, et j’ai pas bossé quarante ans comme un possédé pour gagner cette gueule là et que ça dure dix ans, faut pas déconner non plus. Après tout, Bowie s’est fait lifter. Alors soit j’ai la tronche à Beckett, comme prévu, soit j’irai me faire refaire sur le meilleur billard à Genève ou à Gstaad, mais ce qui est sûr, c’est qu’il est hors de question que je me laisse aller à endosser des traits qui ne diraient plus rien de moi. Lu : Vers inspirés par la vue du crâne de Schiller
:: 27.02.2007 ::
J'aurais bien aimé être un type parfait. Ca aurait été plus facile je pense.
C’est Zoé (ma cousine, et profitez que ce n’est pas la votre pour la
croquer, veinards que vous êtes) qui m’écrit ça ou plutôt me questionne
: elle entend bien l’intérêt de la poésie, de la douceur et des
fragments de l’amabilité amoureuse que je dispense ici, mais pas la
haine, pas les cris, pas la violence, pas que je m’égosille ni ne
stridule. « …haïr me déplait, haïr m’énerve, mépriser m'empêche d'apprendre et de comprendre… » dit-elle, alors pourquoi je ? Si tu savais, Zoé, combien je suis distant de ça, la poésie, la douceur, l’amabilité amoureuse… ça a été tant de travail, c’est encore tellement d’efforts, c’est contraindre ma nature et tous les bleus à l’âme, c’est oublier les sarcasmes, les blessures et les coups, c’est taire qu’on a disposé de moi et de ce qui aurait du rester comme confiant, naïf, vierge, putain, il en a fallu de la force et de la stature, il en a fallu des gros biceps et des épaules pour se tirer de ça, la mesquinerie, l’arnaque perpétuelle aux sentiments, l’emploi de la terreur et de la trahison, tous ces mensonges dont on m’a bercé, gavé, comme une oie en vue de se nourrir de moi, de ma créance et de mes yeux si clairs, les offenses subies, la négation de ma dignité, pire, de mon intégrité, et je sais bien qu’il y a tout autour des enfances plus terribles encore. En attendant, j’attends de voir quels adultes ça façonne et quelle violence ils écument. Haïr me déplait aussi. J’y perds mon temps, ma jeunesse, et ma musique. Mais cela m’est nécessaire, comme un silice que je tiendrais serré, clous en dedans, contre la peau. Pour ne pas oublier, pas une seule fois, pas une seconde, que par intelligence, sagesse, logique, parce que c’est la seule réussite, qu’aimer, être doux, poétiser tout ce merdier est la croix ou l’étendard que je porte à bout de bras et que même si parfois la pente est raide, je n’en lâcherai pas l’ombre d’un pouce, et ça jusqu’à la mort. Lu : Oh les beaux jours
:: 26.02.2007 ::
Artiste, j'avais choisi ça au départ pour la
galerie. Comme d'autres pompier, ou bien docteur. Parce qu'enfant, l'on
s'imagine toujours comme un futur notable.
C’est dingue ça, les fidèles qui reviennent ici après tant de silence,
qui écrivent et commentent et cela vous semblera peut-être
excessivement chochotte ou faussement modeste que je m’avoue touché au
cœur, pourtant… Je vois bien que le blog d’os ce n’est pas tout à fait rien, qu’il y avait une attente, un certain plaisir, sûrement de l’agacement aussi. Je l’assure, je n’avais pris aucune décision quant à recommencer, ou non. Je n’attendais pas non plus, ni ne me questionnais. L’écriture de moi semblait impossible non pas en raison de sa dureté ou de la tristesse qu’elle aurait immanquablement véhiculée mais plutôt que j’étais moins à même, longtemps, de m’éviter le bruit ambiant, le tumulte, le vacarme. C’était éparpillement. Mots pas à moi. Pas mienne musique. Rythmique dehors de mes poumons personnels et privés. Une imposture de plus de la pensée construite en briques de savoir : elle n’est plus la pensée, mais un amalgame poreux, un matériau empli de bulles anémiant sa structure même et s’affaissant dès qu’arrivée au seuil critique (c'est-à-dire assez vite). Or, la pensée est ce qui vous secoure ou vous palie quand, par raison de peur ou de douleur trop forte, vous taisez la part sensible. La "part" / "sensible" ? Il faudra bien que j’arrête un jour d’associer ces deux mots, part, et sensible. Et que j’énonce en virulent postulat que le mot « sens » – comme le mot « rets » ou cet autre « viscères » - ne s’utilise qu’au nombre pluriel. Lu : Dante... Bruno. Vico... Joyce
:: 25.02.2007 ::
Si je devais recommencer ma vie, je la mènerais à l'identique. Sauf pour les enfants : j'en ferais des dizaines.
Lili que j’aime à l’infini, chaque seconde, chaque oeillade, chaque
question, tes intonations ma belle, tes mimiques joliment joyeuses,
expressives, hilarantes, touchantes, tes gestes rapides et ton bidon
bien rond, cette habitude de sauter la dernière marche, le fait que tu
me donnes la main confiante pour mieux la reprendre, confiante, que tu
dises tout, que tu résistes, que tu joues à tout et que tu lises, ta
gravité, ta légèreté, tout ce que tu pèses dans mes bras quand la
fatigue ou la paresse sont là, tes réveils (Papa ? Je suis cachée !) et
tes siestes longues, les heures que nous passons à rigoler, à chanter,
à construire des maisons que nous fichons en l’air en mille épars, tant
pis pour le salon, la petite musique de Mozart que tu fredonnes, tes
danses en même temps que les nains de blanche neige avec les bras en
l’air en vagues fusées, les loups, les dragons et les petits poussins,
les bisous que tu déclines et les que tu réclames, ton indépendance
effrénée et ton retour à la tendresse, tout toi, tout de toi, je t’aime
comme un père, un père comblé, un père qui sait maintenant ce qu’est
d’aimer, d’aimer follement, d’aimer à l’infini. Lu : La grandeur de Bach.
:: 24.02.2007 ::
Etre homme est le travail d'une vie entière, et
c'est quand l'on commence à l'être vraiment que l'on ne le peut plus
comme il faudrait.
Ainsi vous demandez clairement qu’on soit puissant, presque frustre,
que l’on ne vous considère pas trop galamment, que l’on ne perde de
temps ni en cour, ni en aubades et qu’on vous satisfasse en pleins tout
autant qu'en déliés. Bien sûr que je vous pétrirai et vous empoignerai,
vous gaulerai jusqu’à chavire et plus de souffle, que je vais rompre
votre équilibre et votre lien au monde, comptez sur moi : s’il m’est
arrivé, jadis, de finasser et de ne pas remplir mon rôle mâle, j’ai
gagné au long de ces dernières années une sorte d’assurance et de
solidité propres à contenter vos élans même indociles. Je ferai de mon mieux, j’en fais le serment. Sans certitude d’être à l’égal de celui de vos chimères mais avec une infinie tendresse que vous prendrez vous comme un empressement sauvage et âpre, car ces choses là vous appartiennent avant que de dépendre de quiconque. Lu : Dans le scriptorium
:: 23.02.2007 ::
La carte d'identité, c'est plutôt rigolo comme
idée. Rigolo, et complétement con aussi. Où avez-vous vu que "je"
n'était qu'un seul ?
Les pas lentement lourds, les pardessus et vestes d’étoffes raides,
austères et sans relief, du gris, du noir, nos gueules d’enterrement et
la journée même s’y met avec ce soleil dur et le bleu froid de février,
ce n’est pas l’œil de Fred, pas ses couleurs, pas son froissé et pas
ses plis. Quand même il y a les voix juives des psaumes psalmodiés depuis la barbe des rabbins et puis des gens qui pleurent. Loulou (Florent) semble s’en taper comme de l’an quarante, il s’effondrera plus tard, au moment des poignées de terre jetées par-dessus le trou, le bois, le corps de sa mère. Les morts sont si petits dans ces boites et je me demande comment l’on peut compter tant de place dans tant de vies quand une fois à la tombe l’on vous range avec une telle économie. Pas de fleurs. Ici l’on n’en dépose pas. Et pourtant sont venues quelques unes de mes jolies cousines. Un pot. On se torche et l’on parle un peu. A l’intérieur de moi c’est atone, ça vient avec retard, tout est coton même la peine. Est-ce que je n’arrive plus à rien d’autre qu’à de tout me foutre ? Et puis je réalise : ce que je suis, c’est tous ces gens, mes oncles, mes cousins, mes amis, ma marraine, mon père aussi, toute cette chaleur et puis les habitudes. Un à uns ils partent, un à un ils vont faire les petits dans des petites boites sous la terre, à chaque fois ils s’en vont emmenant un essentiel fragment de moi. Lu : Les années d’apprentissage de Wilhelm Meister
:: 22.02.2007 ::
Time is a cigarette (David Bowie)
Deux semaines auparavant sa hanche s’était brisée de ce qu’elle avait
éternué avec trop d’insistance, ses cheveux elle les pleurait depuis
longtemps et c’est la dernière chose dite, un peu inquiète : si elle
prenait encore ce truc… perdrait-elle ses cheveux ? Y avait il le
numéro d’un coiffeur indiqué sur la porte de sa chambre ? Défoncée, complètement défoncée, le regard en dedans d’un monde un peu flottant, un peu diffus et les os pourris par le crabe, et le corps de l’épaisseur d’un parchemin, la même couleur aussi, et les poumons gorgés de mort, et cette lutte jusqu’au dernier moment : je n’ai jamais su si la force c’était ça, de couper court à sa peur et d’écarter tout le sensible pour tenir droit le plus longtemps possible, ou alors, était-ce une forme de faiblesse déterminée ? Ne pas voir qu’on va mourir, c‘est peut-être ne pas mourir, ou alors le plus tard possible. Voilà mon frère seul, une fois encore mordu jusqu’au sang de l’existence, mon petit frère qui morfle à tour de bras… et son fils, Florent, sans maman. Une femme de plus. Encore une femme, et du cancer, encore. Je fais une sorte de collection de morts, une ribambelle, un chapelet, j’enterre 15 fois par an et à chaque c’est un peu de plomb sur les épaules, un peu les coins de la bouche qui s’affaissent, cela use et corrode. Vieillir, c’est ça : les chagrins d’amour, et les morts. Sans quoi j’aurais encore seize ans et l’on verrait ce qu’on verrait bordel de merde. Lu : L'arrache-coeur
:: 21.02.2007 ::
Si vous êtes comme ça, téléphonez-moi. (Jacques Dutronc)
Vous m’écrivez ce mail de quelques mots et de très peu de lignes mais
chaque et chacune sonnent si juste et je me demande bien qui vous
pouvez être et de quel talent étrange vous êtes dotée, qui vous fait
voir à travers l’image et sans trop prêter aux sons, aux mots… Je continue (on a les manies qu’on peut, les tics de raisonnement, les couloirs de pensée) à conforter cette théorie du corps, celle du corps simple, celle qui voudrait que nos sens nous amènent à l’essentiel et à l’essence, que tout le reste n’est que brouillage et bruits confus, qu’une fois débarrassé de la pensée, du langage et des vérités assénées sans trêve l’on dispose d’une minuscule chance d’être enfin, c'est-à-dire non pas d’exister s’égosillant et défendant sa place, mais plutôt d’aimer ou de haïr, c'est-à-dire d’aimer. Lu : Dernières nouvelles de l'homme
:: 20.02.2007 ::
La vitesse comme à l'époque où il fallait fuir
les prédateurs, reste la preuve qu'on crève de trouille et que, dès
lors, l'on se soustrait du monde.
Et puis je me décide à ouvrir les vannes, à parler, à dire, à
témoigner, et c’est je crois cohérent dans le sens de mon statut de
père car après tout le sens des responsabilités et l’éducation puisent
de ça, dire, communiquer, informer. Par exemple la scientologie, vingt quatre ans de silence, vingt quatre ans pris à me construire en dehors de cette horreur et de cette négation, car il faut bien naître, et qu’une fois né il faut vivre. Je dis il faut. Peut-être que non, mais dans ce cas, il faut aussi fermer sa gueule. Sans doute est-ce mon inclinaison pour la philosophie, même si je n’y comprends goutte, qui me mène à ça : vivre, c’est dire. Ecrire. Prendre part. Et puis remettre en cause, tout, rester curieux, n’avoir aucune certitude, en tous cas définitive. Ainsi, l’on verrait comme contradictions mes participations nombreuses et récentes aux émissions de télévision car j’ai sévèrement jugé par le passé cette chose là, la télévision, à juste titre d’ailleurs. Peut-être, encore faut-il, pour s’en faire une idée juste, réinvestir chaque sphère, chaque concept : les choses évoluent, notre regard aussi. Et puis prendre ensuite le temps de se laisser empreindre, se dispenser de toute hâte. Voilà : être là, être lent. Ainsi l’on évite peut-être la destination inévitable, sinon, que représente de finir comme un vieux con. Lu : La chaîne
:: 19.02.2007 ::
Lamborghini, Ducati, rimes riches du mot vie
On sait bien que je ne donne pas avec insistance dans la promotion des
marques, que je m’inquiète comme beaucoup d’une écologie vacillante,
que je ne concoure pas davantage à encourager la frénésie de
consommation qui semble parfois être le dernier ressort d’une humanité
occidentale un peu à court de poésie, de nostalgie ou de mélancolie,
aussi l’on ne me fera pas procès (j’espère) de l’affirmation suivante :
« L’homo pilotus trouvera son entier accomplissement à travers les marques italiennes, et à travers celles-là, seulement. Lamborghini is good for you. Et ma récente Ducati supersport est une pure machine à fabriquer du sourire béat et du corps en mouvement, de la vie quoi, de la vie heureuse. » Lu : Oman: Une démocratie islamique millénaire (1500-1970)
:: 18.02.2007 ::
Same player shoot again. And it's not so fun to compete.
Ce à quoi l’on assiste, c’est à cette progression en quinconce des
idées (non), des valeurs (non), du boniment des libéraux, ça gagne
sensiblement du terrain jour après jour, ça glorifie le travail,
l’effort et la performance, ça flatte les turgescences
entrepreneuriales et toutes ces conneries relatives à la croissance et
au profit, ça bâtit des programmes complètement vides de sens mais
pleins de chiffres et de pourcentages et c’est à peine si l’on ose
encore prononcer « éducation » ou « service public » du bout des lèvres
à condition de s’en justifier dare-dare et à reculons, et t’en vois
plus un seul pour vraiment balancer ses quatre vérités à l’autre
nazillon tripoteur de louches outre-atlantique tout perché sur ses
ergots de redresseur d’ordre et suceur de trafiquants d’armes… ça vient
même déplorer à la lucarne que son parrain d’obédience (le borgne
breton) ne trouve pas ses signatures plutôt que de nous le foutre en
taule. Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ce pays là ? Cette république merdeuse ? Ces intellectuels vérolés ? Cette gauche mièvrement insignifiante écopant par désoeuvrement plus que par conviction une barque déjà crevée de toute part ? Les débats – se souvient-on seulement du sens de ce mot partageant une racine avec celui là : « ébat », et cet autre : « combat » ? – la presse, les infos, les discussions de bistrot, les arguments : un long cauchemar duquel je crains ne plus jamais me réveiller. Et qu’on ne vienne surtout pas me dire que c’est la faute à Royal. Sans les caciques énucléés l’entourant, elle aurait été peut-être la meilleure d’entre nous. Seulement, faut croire que faire entendre sa voix ici bas, c‘est avant tout fermer sa gueule. Lu : Histoire de la gauche caviar
:: 17.02.2007 ::
La seule chose sur laquelle il ne faut jamais
transiger ou reculer : le droit à l'intériorité... Ecoutez couler le
temps. (Olivier Revault d'Allonnes)
Par le truchement d’une babiole moderne et donc super compacte la
musique nous arrive (nous choppe, nous retourne, nous fume dirais-je).
Les textes plutôt. Ce que nous avons perdu de la stéréophonie en
partageant les écouteurs, nous le gagnons d’une autre manière je crois
: nous sommes deux (ensemble) la tripe étreinte, les poings blanchis,
ce quelque chose tant électriquement crispé, colérique, pas si distant
d’une certaine qualité de pleurs. Ma play-list, toujours la même. Ainsi je teste celles de mes fréquentations qui dureront dans le temps, et ça fait pas bézef au plan du nombre, en revanche : les rares reçus sont titulaires à vie. Je vois son insensé regard d’agate verte se pelliculer à cette phrase : « je ne sais pas pourquoi la nature met tant d’entêtement biologique à faire que les fils ressemblent à ce point à leurs pères », je vois ses poumons chercher l’air à celle là : « si nous ne mangions pas les vaches, les moutons et le reste, nous ne connaîtrions ni les vaches, ni les moutons, ni le reste », elle serre les dents à « que les assis dans les velours glacés, soumis, molasses, que ces horribles magasins roulants portant tout en devanture » elle ose un sourire au moment d’ « antisocial, tu perds ton sang froid », hoche la tête pour « you gotta fight for your right to party ». J’ai depuis peu ajouté ma France à moi. Celui-là, à peu de choses près, j’aurais du l’écrire. Il y a aussi respire, suffragette city, welcome to the machine, scary monsters, Bela lugosi’s dead, she’s in party, Hey, quelques autres encore. C’est son corps, seulement son corps secoué de musique et de vers qui me renseigne quant à nos compatibilités potentielles. Après quelques heures de voyage épaule contre épaule et morceaux se succédant sans pause, nous savons elle et moi que nous pouvons faire l'économie des rites de séduction l'un à l'endroit de l'autre : sans mot dire, il est plus qu'évident que nous nous comprendrons. Lu : Musiques - variations sur la pensée juive
:: 16.02.2007 ::
Un homme averti mais sans mémoire et sans intégrité en vaut deux. Deux salopards.
Comme les coureurs de fond je suis parti trop tôt et je m’essouffle, je
n’y comprends plus rien, et puis je hais les gens, ce pays, toi, vous,
moi, les autres, toutes ces odeurs de merde qui gluent à la babine,
toute cette mollesse qui vend son âme à heure fixe et rentre au logis
(maréchal), ensuite, maugréant vaguement car on l’empêche d’en vendre
davantage et plus vite. Il me semble avoir sous-estimé le syndrome de
Stockholm ou encore ce commandement de curé qui veut qu'on tende la
seconde joue quand la première n’est plus baffable. Comprenez bien tout de même que l’écart se creuse, qu’il se creusera encore. Plus ce pays se peuple d’imbéciles, plus nous prenons de l’altitude. C’est mécanique. Et ce n’est pas notre faute. Je crois bien que rendu à un certain point et si tant est que l’on se prétende humaniste, l’attitude la plus cohérente est de vous haïr, vous tous. Les autres, les comme moi, les à cœur, à mémoire et à cohérence seront vos dommages collatéraux et je devine que ce n’est pas, dans l’immédiat, votre soucis le plus essentiel. Lu : L'invention du big bang
:: 15.02.2007 ::
A l'encyclopédie les mots ! Un baillon sur la tronche ! (Léo Ferré)
Longtemps l’on vit aux cotés de mots auxquels l’on reste indifférent,
voire qui nous gênent, celui-là est de ceux-là qui m’apparaissait comme
inaudible à vingt ans, à trente encore, tant il disait la turpitude
plaquée sans considération de l’autre, tant les mâles l’avaient plein
la bouche comme chose méprisante aveugle et sourde, tant il ne disait
rien du sensible ou de l’espérance sinon feinte : un mot salement avide
et sans écho. Plus tard je commençai à l’utiliser mais toujours dans l’accord de ma partenaire, à condition qu’il lui plaise et toutefois du bout des lèvres, jamais plus fort qu’un souffle, uniquement rimant à des circonstances très particulières et ayant parfois peur de faire mal ou de mal faire. Toutefois, bien dit, au bon moment et si j’évitai la brutalité, j’en pouvais tirer quelqu’obligeants plaisirs. Pourtant, si l’on y songe « salope » communément admis comme vulgairement sexiste est à l’inverse de ça. Comment ! Vous n’auriez pas, madame, le droit d’aimer légèrement, dans l’abandon, le bouillonnement ? Vous n’auriez pas droit à cet assez délié pour que votre corps, votre sang, votre peau vivent un accomplissement heureux, assumé, librement apprécié sans arrière-bétise ? Et qui veut vous brider ? Madame, sachez qu’être salope est non seulement votre plus strict droit mais aussi une manière sûre de déclarer que vous vous appartenez, au moment et à l’endroit qui vous conviennent ou vous comblent. Et la preuve qu’en rien ce terme ne peut être entendu de péjorative manière est qu’il, jusqu’à aujourd’hui du moins, reste sans l’once d’une équivalence qui se rapporterait à l’accablante espèce des dotés de phallus. Lu : Après la pluie
:: 14.02.2007 ::
L'année dernière, je me rendais enfin ce compte :
vivre c'est ne faire aucune concession, rester dans l'excès de sa
révolte, de sa colère, de son désir. Vivre, définitivement, ne
s'accorde pas aux conduites pastels.
Incontestablement celui là de 14 février en est un fameux, le meilleur
sans doutes. N’en ayant aucune en particulier je les ai donc toutes, je
visse à leur regard l’empli du désir immense et tendre des hommes qui
aiment vraiment les femmes, par-dessus l’épaule de Jossia qui
m’accompagne je me charge du ballet tout en glisse des effrontées, des
amoureuses, des ingénues et des indifférentes, des filles qui aiment
les filles, de celles qui s’en foutent pas mal, ça tangue et chaloupe
dans le désordre le plus aimable, c’est bruyant, coloré, complètement
féminin dans cette acceptation totale du moment et de la fête, dans ce
bar à tendances où elle m’a emmené (à moins que cela ne soit le
contraire) elles sont en majorité écrasante et je suis bien, comme dans
mon élément, je drague à tue-tête à défaut d’à tête-bêche en n’ayant
aucune chance d’aboutir et c’est ça que j’aime je crois : dire mon
amour, ma tendresse, combien je suis touché et que ça, tout ça, soit
parfaitement gratuit. Lu : Antonin Artaud, 1896-1948
:: 13.02.2007 ::
Parfois je voudrais que ma vie soit aussi joliment stupide qu’une chanson de variété.
Je fais ce beau cadeau de partir alors qu’on m’aime encore, et je dis
qu’en tant que bientôt vieux monsieur j’ai appris l’indéniable élégance
de ce geste : ainsi je resterai un souvenir brûlant et l’on regrettera
la douceur de mes mains ce qui est tout de même bien plus sympathique
que d’attendre de me détester en se demandant, vraiment, qu’est ce que
je fous avec ce type ? Lu : La mécanique des femmes
:: 12.02.2007 ::
J’ai un mal fou à différencier l’état d’être nuancé et celui d’être lâche.
Les débuts du cinéma c’est Méliès et les frères Lumières et ce n’est
peut-être pas pour rien, ce film « le train entrant en gare de la
Ciotat » où nous sommes assis en posture de nous faire écrabouiller,
comme un présage. L’image c’est ça, qui nous apprend que nous n’avons
pas à quitter nos sièges ni à nous jeter de coté alors que mille tonnes
de fontes bouillantes nous fondent en plein dessus : il suffira
d’éteindre le projecteur et nous serons intègres, physiquement au moins. A moins que ce ne soit les idées, la rationalité qui font de nous des joueurs misant telle ou telle hypothèse comme si elles présentaient un intérêt théorique égal ou une amusante issue de casse-tête. Nous testons, c’est si drôle, et puis… on verra bien. Sauf que j’en veux sérieusement à les ceusses qui vont hypothéquer partie de l’existence de ma Lili. Encore moi, j’ai lu Sweig et Kafka, je sais comment cela se termine. Mais elle ! A 28 mois, a-t-elle mérité ces échéances là ? Et tous nos mômes, ceux du siècle, ceux de tous les siècles ? Bref. Tout ça pour dire que je ne suis pas décontracté du tout concernant les échéances à venir. On l’aura gueulé sur les toits. Les gens rigolent. Sûrement ont-ils oublié l’émerveillement d’être parents. Les chemises brunes sont cols roulés aujourd’hui. J’ai beau dire partout que je m’en fiche, que je suis au dessus de cela, la vérité c’est que je fouette, et pas qu’un peu. Lu : Lutte avec les démons
:: 11.02.2007 ::
Le monde ! Tout le poids ! Toute la charge !
L’attente du monde, l’espoir du monde, l’histoire du monde ! Toutes les
fenêtres battues, cassées, ouvertes, éclairées du monde ! Et les
larmes, les colères, les rires, l’amour : des manières d’échos.
De l’aphasie d’Olivier (amnésix) je pleure un peu, ce sont de drôles de
petits sanglots qui bousculent le nerf sympathique et vrillent
l’estomac, je ne peux m’empêcher de me poser pour moi-même la
détestable question de l’immanence ou du complot (comme si tout cela
était tendu de causalité, c’est absurde, je me hais) car voilà
l’éloquence frappée en son sein : si l’on mourrait par le glaive, où
diantre serais-je percé, moi-même ? La lente balade d’O (kinjiki) prolonge quelque chose de moi jeté par-dessus les toits, au-delà et dedans la vie simple, la vie là et tranquille, je la suivais au Luco ou bien dans le désert Paris, maintenant c’est le Japon ou carrément ailleurs mais peu importe : c’est le derme monde, celui de la pluie, du froid, du vent, celui des odeurs et couleurs, celui de l’âge des choses mais non figé, le monde temps, le monde tant. Je lis très distraitement quelques dizaines de blogs. Ca n’a aucun sens. Tant mieux. Ca gueule pas des masses. Tant pis. Finalement c’est assez intéressant ce constat qu’on parle plus qu’on n’écoute, y compris sur la toile, même sans beaucoup à dire et sans beaucoup savoir, même sans style très sûr et sans orthographe : je n’aurais pas mieux souhaité. Et les agrégatifs messieurs du business (peut-on couper les couilles de Loic Le Meur avant que je ne m’en charge moi-même ?) en sont globalement pour leurs frais : on ne peut pas asséner vendre, revendre, rerevendre avec toute la petite cohorte de concurrence avide d’en vendre mieux sans inculquer en même temps un certain goût de l’infidélité cliente… que donc gagnent les meilleurs, car les meilleurs ont ceci de merveilleux qu’ils ne durent jamais longtemps. Je n’ai donc pas beaucoup changé. J’aime la poésie, particulièrement si elle ne dit rien et tout le reste m’énerve. Sensible, super, hyper. Je suis une sorte de bain chimique à la date de péremption complètement dépassée, et c’est bien comme ça, j’ai toujours cultivé une certaine affection à l’endroit des couleurs de l’outrance. Lu : L'algèbre arabe, génèse d'un art
:: 10.02.2007 ::
Encore ! (Citation anonyme)
Mes rêves depuis vous sont nourris de frôlements tendres et puis de
chuchotements, il y a votre voix basse à l'oreille disant tout, ou plutôt ne
disant que choses capitales, capiteuses aussi, il y a le fauve de vos yeux
comme des pierres du désert, mais des pierres d'eau, légères, curieusement
mêlées de brun, et douces, il y a cette minuscule étoile fichée à la narine
qui enlève mon regard comme une perle de Vermeer, vous êtes si belle,
tellement fille des sables, tellement femme des dunes nimbées pourpres et
incroyables lumières, vous tremblez, vos mains font et défont comme une
lettre de ce papier cristal, je suis bien et si j'ai l'air de vous
brûler -trop intenses questions, trop présente attention- ce n'est que pour
vous promettre mon absolue douceur, que je suis là, que si je vous attends c'est
avec toute la patience que procure la certitude d'une rencontre décisive,
que nous n'allons pas nous perdre, que le temps importe peu quand le coeur
sans équivoques sait. Lu : Du rouge au gynécée
:: 09.02.2007 ::
On croit savoir pourquoi l’on fait les choses et
bien sûr, l’on se trompe. Peu importe. Ce ne sont pas les raisons ni le
pourquoi qui comptent, mais que ces choses soient faites.
Parce que l’écriture d’un roman est une gymnastique singulière et qu’il
est si difficile d’éviter les tours de façon, la marque de fabrique et
les voix répétées. Parce qu’un texte court permet bien mieux d’attiser
la colère ou les larmes et qu’il est plus proche du silence. Parce
qu’obsédé par la mort, je suis obsédé par la trace. Parce que je sais
bien qu’un jour l’on voudra des clés et que je préfère les voir
cherchées dans un journal, si peu intime soit-il, que dans mes frasques
ou mes petites manies. Parce que j’en ai fini de me laisser glisser et
qu’il est temps de trouver à nouveau le bonheur d’une certaine
intégrité, d’une certaine discipline. Parce que j’aime inventer la
mémoire, moi qui en suis si grandement dépourvu. Parce que devenu père,
je sais combien l’on souffre inévitablement de tout ce que l’on
n’entendra jamais de ses propres parents : ici Lili obtiendra quelques
pistes. Parce qu’en moi dissonent, folâtrent, psalmodient, roucoulent,
murmurent ou vocifèrent les voix d’une polyphonie splendide et
tragiquement banale que je ne veux pas taire. Parce que je veux tenir
ma place. Parce qu’après l’amour il me reste encore quantité de forces.
Parce que je vous aime et que j’exige que ça se sache. Voilà quelques
unes des raisons, en tous cas de surface, pour lesquelles je reprends
ce journal. Lu : Virginia Woolf: Lesbian Readings
:: 08.02.2007 ::
Probablement nous répétons-nous sans cesse les plus gros mensonges afin de pallier à la trop pointue transparence du réel.
On entend souvent ça, qu’écrire aurait une vertu thérapeutique,
qu’écrire serait comme se soigner des offenses, des échardes, que ce
faisant l’on pourrait cautériser souffrances et maux par le truchement
d’une remise en lumière de ce qui se serait tapi dans l’ignorance ou
l’inconscient. Ceux qui soutiennent ça n’écrivent pas. Au mieux, ils se racontent ou bien se content. Ecrire ne se fait dans aucun temps ou l’éternel (ce qui est identique), cela fusionne la dolence des choses alentour, cette table, cette odeur, la lumière à l’instant et les couleurs, le poids du corps et son immédiate texture et puis le grain sous les doigts, le goût de la bouche, la température du sang battant la veine, les incomplétudes quotidiennes qui restent fichées quelque part en autant de pièces de soi manquantes. Ecrire ne charrie pas vers je quoique ce soit qui appartiendrait au passé mais l’érige, l’invente complètement dans la couleur, dans l’air et l’eau de maintenant. Il faut dire aussi des faits qu’ils sont les seules choses que la mémoire puisse prétendre à retranscrire, et encore, si l’on accepte les intervalles écrasés, les voies d’une logique intégralement décrite à la fin du fait et non dans son déroulement et que ces faits ne servent en rien l’écriture, souvent même l’empèsent ou bien la lestent. On ne guérit pas par l’écriture, elle nous blesse ou forme une carapace préventive pour les fois d’après qui, bien sûr, n’adviennent jamais, puisque nous avons écrit. Elle se tisse là, maintenant, elle prépare là et maintenant d’un peu plus tard et ce maintenant, ce là vaudraient vérité d’évangile que si l’on arrêtait d’écrire… Lu : Tandis que j'agonise
:: 07.02.2007 ::
Comme les chats, la mémoire et les livres, nous avons plusieurs vies. Un os à ronger reprend. A peu, voilà deux ans. L’on peut dire depuis ce certain 14 février 2005 que Maud choisissait pour me quitter, Lili sous le bras. Deux ans de silence, sans l’écriture de ce journal, sans réel amour aux femmes ni à quiconque excepté celui, neuf, inédit, inconnu, qui me lie à ma fille. Lili : le prénom de ma fille. Elle a deux ans et quatre mois. Un condensé d’ivresses, d’appétits, d’égards, de tendresses, de joliesse, d’élégance. Je l’aurais préférée ni trop jolie, ni trop intelligente et c’est raté sur les deux tableaux. Il lui faudra donc lutter, apprendre, progresser, il lui faudra se défaire des pièges et des facilités, travailler dur à gagner l’humanité véritable inévitablement masquée par la séduction de l’existence qui s’adresse aux mieux dotés. En attendant, j’en suis littéralement dingue, les heures passées ensembles sont celles du fou rire, de l’amour, des histoires, de l’enlèvement de soi vers le plus haut, vers le plus beau. Les plus belles heures de ma vie, je le dis sans manière et puis sans mièvrerie. Les femmes : à défaut d’être assez courageux pour les aimer tout à fait –ou n’en aimer qu’une mieux encore – j’offre quelques idées, et puis mon corps. Je leur parle beaucoup. J’ai appris à les écouter, et apprendrai encore. J’essaie d’être un amant généreux, solide. Un homme fort et doux, un homme aux mains habiles, aux baisers sensibles, à l’allant robuste. Je n’ai jamais autant séduit qu’en ce moment et me refuse souvent. Rien ne s’inscrit dans la durée ou la continuité, j’ai l’impression de n’être pas tout à fait moi, comme éclopé. L’année dernière encore j’en pleurais. A présent, je prends mon mal en patience. On n’oublie pas ses morts, ni ses chagrins d’amour, ni la souffrance liée à ça. Je n’oublie pas, mais je veux vivre. L’écriture : j’en vis, et bien encore. Deux romans sont en route, un recueil de textes dans une très belle maison à paraître, il semble que de vieux démons soient en passe de rendre gorge. Je m’interroge moins quant à la finalité, à l’intégrité de mon travail. Après tout, ils en veulent, ils en ont. Tout de même, je vois bien qu’on vit plus de l’écriture qu’on ne la fait vivre et cela m’attriste. Mon ambition d’ailleurs est liée à cela : faire vivre l’écriture pour ce qu’elle provoque et non pour ce qu’on en attend. Peut-être verrais-je la fin de ce certain moyen age qui, je trouve, donne la part belle aux usurpateurs. L’écriture d’ici, ne me plait plus beaucoup même s’il y a quand même de belles choses, souvent c’est compliqué, rugueux, douteux au plan des thèmes abordés. On verra bien. Aujourd’hui est un texte non écrit, une manière de me situer, demain j’irai chercher au-dedans de moi-même. Et puis aussi : c’est votre anniversaire, vous êtes incroyable, et m’êtes chère. Je pilote voiture et moto de course. Je parle beaucoup des sectes et compte bien régler (et dire) certains comptes gardés inertes depuis 24 ans. J’ai ce très mignon petit appartement, à la croix rousse qui me dit assez précisément par le biais de sa décoration, de son mobilier. Je fais peu de photos mais y reviens, peu à peu. Je lis assez peu. Travaille beaucoup. Mange souvent dehors, sors beaucoup. Fréquente des gens extraordinaires. Ecoute toujours autant Bowie, Ferré, les Pixies, des trucs qui tapent en plein milieu de l’entraille et de le viscère fondamental. Remets, comme je l’ai toujours fait, toujours tout en cause. Au nouvel an, ma bonne résolution était de n’en prendre aucune. Jusqu’aujourd’hui, je m’en trouve plutôt bien. A demain, donc. Lu : Chronique des prophètes et des rois
:: 06.06.2006 ::
Avoir trop peu de courage, c'est avoir perdu tout courage. Tandis
que vos mains fines se défont lentement de notre atelier d'écriture,
ces yeux immenses accrochés de lumière et puis votre voix traduisant le
vocable ambition par ce verbe simple : respirer ou encore cet autre,
vivre, je pense que nous sommes vous et moi les mêmes enfants perdus,
que nos sourires se brisent aux mêmes rimes et puis toujours nos pas
qui reprennent leur marche, un identique courage, nous sommes tous deux
lost in translation et je voudrais mêler mes doigts dans cette
invraisemblable coiffure et rougir votre bouche. J'ai dit commet
m'écrire. Ici j'ajoute que je ne sais pas ton nom. Qu’il me tarde de
l’apprendre. Lu : Ulysse
Le blog d’os est avant tout un
journal intime. Les liens sont volontairement rares. N'oubliez pas, une fois venus, d'aller lire quelque chose. | In situ:: Ex nihilo:: |